Haïti, années lumière

J’ai vécu en Haïti durant les années 1979 et 1980 afin de contribuer à la réalisation d’un film, sous la direction de Gérald Belkin.

Ce film rend compte du travail de la population paysanne du sud de l’île et de l’apport des agronomes français durant cette période.

Je témoigne ici de ma découverte d’un univers aussi éloigné de nous, européens nantis, que la plus lointaine des planètes mais aussi de ma relation intime avec ces femmes et ces hommes qui luttent quotidiennement avec la terre contre la mort et le désespoir.

On a souvent dit de l’agriculture haïtienne qu’elle était faite de grappillage. Pourtant elle est avant tout le fruit d’un très grand savoir et d’une longue expérience pour adapter les techniques agraires à des situations climatiques, démographiques et politiques toujours plus contraignantes.

De la pression quotidienne pour la survie naissent l’inquiétude et l’attente, les regards de l’attente. Le corps participe à ce mouvement intime qui anime tout un peuple ; il est omniprésent et parfois le seul bien, celui qui traduit aussi l’émotion, la fatigue et la volonté de survivre.

Il est aussi indispensable que l’arbre qui procure l’ombre et abrite l’esprit des ancêtres.