Facéties luminographiques
Chronique d'un confinement

Dans les jours qui suivirent la débâcle, chacun se senti contraint d’imposer à l’autre le sentiment qu’il avait de sa dépossession.

Le noir disait au blanc que le jour finissait toujours par poindre, même au mépris de la plus lumineuse évidence.

Le blanc n’en était point troublé, pris qu’il était dans la nuit de son amertume.

Les oiseaux chanteurs chantaient, les tontons râleurs râlaient, les grognons et les grognonnes grognaient, les huîtres finissaient de pourrir dans les bacs réfrigérés.

La jeunesse s’était mise à douter, à reconnaître dans chaque instant une relique de son autonomie et de sa liberté.

Et c’est ainsi que, facétie ultime, la peur du lendemain apparut sur les écrans vides de nos exigences.

Je ne m’en affectai point car il s’agissait du début d’un roman de fièvre.

31 mars, 30 avril 2020